— Je vois, dit-il, que vous allez bien. J’en suis heureux, car, depuis longtemps, je désirais avoir avec vous une conversation d’affaires. Vous voudrez bien me rendre cette justice que j’ai attendu le moment convenable. Et pourtant j’ai bien besoin de vous !

Croyant qu’il s’agissait encore d’un « service », j’allais à mon tiroir, n’ayant envie, à cette heure, ni d’engager une discussion, ni même de faire entendre une plainte. M. de Noircombe m’arrêta d’un geste :

— Non, dit-il ; ce n’est pas un prêt que je vous demande ; c’est un marché que je vous propose. Vous conviendrait-il d’acheter Noircombe ?

Je répondis, moitié plaisante, moitié sérieuse, car je ne comprenais pas encore bien :

— Mais, je ne suis pas assez riche.

— Oh ! si ; vous l’êtes. Un château ne se paye pas grand’chose et, quant à la terre, elle n’est plus tout à fait ce qu’elle a été.

On m’en voudrait de sténographier toute la conversation qui fut plutôt désagréable. J’appris, contrairement à mon attente, que je pouvais placer ma dot en immeubles. Sans doute, c’était pour me réserver cette liberté peu enviable que M. de Noircombe avait combattu le bon combat chez le notaire. Je tiens seulement à constater que je ne fus pas vaincue à la première rencontre. Peu de femmes, je crois, auraient fait une plus honorable défense. Mon adversaire fut même obligé de démasquer toutes ses batteries, c’est-à-dire de se démasquer lui-même, en faisant usage d’un moyen de persuasion qu’il n’aurait pas pu mettre en ligne avec beaucoup d’autres.

— Ne voyez-vous donc pas que vous me faites mourir ? lui avais-je crié, à bout de forces.

— Vous êtes pâle, en effet, me répondit-il ; mais aussi vous prolongez à plaisir des discussions fatigantes. Finissons-en vite, ou bien il me faudra consulter Campbell. J’ai peur que vos devoirs de nourrice ne soient une épreuve dangereuse pour vos forces.

J’avais compris. Il fallait signer, ou voir ma petite Lisa prendre le sein d’une autre femme. Je gardai ma fille et je donnai ma dot. Pinguet, je le sus alors, attendait à Paris depuis une semaine, avec l’acte tout prêt. Que Dieu lui pardonne !