— Une querelle de jeu… l’autre soir… en quittant l’Opéra.
Ces paroles me remirent à l’esprit l’attitude embarrassée, timide, hésitante, qui m’avait frappée la veille, chez M. de Noircombe. Mon mari, le père de mon enfant avait-il eu peur ? Avait-il refusé de régler sa « querelle de jeu » l’épée à la main ? Je l’interrogeai sans précautions oratoires.
— Mais non, répondit-il avec un calme étrange. Me battre ? Je ne demandais que cela ! Mon homme s’est… dérobé.
Je réfléchis quelques secondes, cherchant à réunir le peu de science que je possède en matière de duel. Puis, continuant mon interrogatoire, car, de fait, M. de Noircombe avait l’accablement pitoyable d’un accusé devant son juge :
— Vous aviez perdu, sans doute ? On vous a dit : « Payez d’abord ! » Et, je le devine maintenant, vous ne pouvez plus rentrer au Cercle ? Voyons ! Soyez franc ! Quelle somme faut-il ?
— Je n’ai pas perdu…, répondit le malheureux d’une voix haletante.
Comme au jour aveuglant d’un éclair, l’épouvantable vérité se dressa devant moi. Il suffisait de jeter les yeux sur le gentilhomme à jamais déclassé, dont le front mouillé de sueur se courbait peu à peu sous le poids de la honte… Je me souviens d’avoir eu le courage de lui lancer au visage le mot affreux qu’il avait déjà entendu — combien de fois ?
— Je comprends : vous avez… triché ! Et les journaux sont pleins du récit de votre… de votre mort. Car vous êtes mort, en ce qui concerne l’honneur !
Ludovic de Noircombe essaya de relever la tête. Nul n’aurait songé, en ce moment, à le comparer à Méphistophélès. Moi, moi-même, j’avais pitié de lui.
— Mon adversaire… a contesté le coup, balbutia-t-il, pâle comme un linge.