Quelques heures plus tard, un journal du matin racontait l’histoire. A midi, on ne parlait plus d’autre chose. Et moi, ignorant tout, j’attendais mes visiteurs ordinaires le jour suivant !…
Mon père m’avait informé, par le télégraphe, de son retour, en ajoutant, ce qui m’étonna : « Vingt-quatre heures nécessaires pour tout arranger ici. » Que pouvait-il arranger, tandis que je l’appelais à mon secours ? Il me suffit de voir son visage quand il débarqua chez moi, pour comprendre qu’il savait tout. Une question sortit d’abord de ses lèvres :
— Est-il encore ici ?
Ma réponse négative dérida un peu mon pauvre père.
— C’est bien, fit-il. En ce cas, donne des ordres pour qu’on prenne mes bagages dans la voiture. Je m’installe chez toi, de préférence à un hôtel.
— Pourquoi un hôtel ? demandai-je, craignant de deviner.
— Parce que je ne peux plus rentrer à la Légation après… ce qui a eu lieu. D’ailleurs je ne suis plus ministre. J’ai tout dit au Roi, qui m’approuve, et qui a le cœur brisé du malheur de sa filleule. Te souviens-tu de cette soirée de jeu à la Cour ? C’était une révélation, comme le disait, hier encore, Sa Majesté !
Sans répondre je suppliai mon père de m’emmener sur l’heure. Il me promit que nous partirions le plus tôt possible ; mais il ajouta :
— Partir n’est pas tout. Je veux que nous partions la tête haute. J’ai deux honneurs à sauver : le tien et celui du pays que je représente. Un gendre tient de trop près pour qu’on se lave les mains de sa conduite. Laisse-moi quelques jours afin d’étudier la situation.
— Ah ! m’écriai-je, comme je voudrais être morte !