— Silence ! ordonna mon père avec sévérité. Nous sommes deux en ce monde qui avons besoin que tu vives. Tu ne peux pas te faire tuer, ainsi que l’a fait Otto !

Cette phrase fut la seule allusion que j’entendis jamais à la folie de mon choix. Mon admirable père fut assez généreux pour ne pas me répéter, à chaque nouvelle phase de la déroute, comme tant d’autres n’y eussent pas manqué : « Si tu avais suivi mon conseil !… Si tu avais épousé Flatmark !… »

Au bout d’une semaine, nous étions fixés. Les hypothèques, nul n’en doute, couvraient le petit hôtel que j’habitais. Quant à la terre de Noircombe, devenue ma propriété comme je l’ai dit plus haut, elle représentait en valeur le quart du prix payé par moi. Enfin les dettes de jeu étaient énormes. C’était là évidemment ce qui avait fait perdre la tête au malheureux. Mon père décida qu’il payerait tout.

Sur ces entrefaites, je reçus un message de mon mari.

« Je pars dans quelques jours, m’écrivait-il, pour m’établir au Canada. Mais, sans un capital, je ne puis rien tenter. N’ayez pas peur : je ne vous demande pas une grosse somme. Cinquante mille francs me suffiraient. Ne me refusez pas ce dernier service, en échange duquel je vous laisse ma fille. Songez que je pourrais l’emmener avec moi !… »

Cette ligne, qui contenait la plus terrible des menaces, me rendit à moitié folle. Je courus trouver mon père, le suppliant de donner la somme qu’on demandait. Il refusa et, pour la première fois, laissa éclater une véritable colère.

— Mais il fera enlever ma fille ! criai-je avec désespoir.

— Non, car vous serez séparés judiciairement. Il perdra son droit de garde paternelle.

— Qu’importe le droit ? Il me la fera voler !…

Un fait de ce genre venait d’avoir lieu et tout Paris s’en occupait. Mon père eut-il peur, ou voulut-il simplement me rassurer ? Je l’ignore ; ce qui est certain, c’est que j’entendis cette proposition :