Mon angoisse, Dieu merci ! ne fut pas longue. Il faut croire que mon pauvre petit bureau n’avait pas de secrets pour ce bandit. Sans violence, en moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire, mon collier disparut dans sa poche. Il repoussa le panneau mobile, reprit son pistolet, éteignit la bougie et gagna la porte qui conduisait à l’escalier. Moi, j’étais à genoux devant ma sainte Vierge, la priant pour que le voleur pût sortir de chez moi sans rencontrer personne, c’est-à-dire sans tuer personne…
Au même instant, je crus entendre quelque bruit à l’étage inférieur. Mon cœur cessa de battre ; je m’attendais à une détonation… Mais le calme se rétablit ; je m’étais trompée sans doute. Je me blottis dans un fauteuil et attendis le jour, on devine en quel état, supposant bien que l’homme au pistolet ne prolongerait pas sa visite après le lever du soleil.
Je sonnai vers cinq heures du matin. A demi habillée, les yeux gros de sommeil, ma femme de chambre accourut ; mais elle pensa mourir de frayeur en découvrant que quelqu’un m’avait enfermée. Au lieu de m’ouvrir, elle courut chercher mon père, qui ne fut pas beaucoup moins troublé. Je lui contai mon aventure : on devine son émotion. Toutefois, il n’était pas de ceux qui perdent la tête quand il faut agir. Après avoir constaté le vol et posé quelques questions, il descendit lui-même à la porte de sortie sur la rue. Elle était verrouillée en dedans, ce qui semblait une preuve que le voleur était de la maison. Or, j’en pouvais donner le signalement exact : il était grand, mince et barbu. Ceci nous déroutait, puisque de nos deux serviteurs mâles, l’un était rasé et le second, Bruneau, court de taille et d’un embonpoint de barrique.
Nous tînmes conseil, mon père et moi. Nul des domestiques n’avait connaissance de la disparition des diamants. Il fallait, tout d’abord, aviser la police ; mais nous ne voulions laisser sortir aucun de nos gens ; rester seule avec eux ne me souriait guère. Je résolus d’aller moi-même chercher du secours. En dix minutes je fus habillée ; mon père, qui avait la clef de la maison dans sa poche, descendit pour m’ouvrir. A ce moment, Bruneau qui semblait monter la garde de son côté, manifesta le désir de nous parler en confidence. Naturellement sa requête fut accueillie : nous restâmes tous trois en comité secret.
— Madame sort sans doute à cause de… l’affaire de cette nuit ? commença le cuisinier.
Mon père l’interrompit brusquement :
— Dites-nous d’abord comment vous savez qu’il y a « une affaire » ! Ni madame la marquise ni moi n’en avons soufflé mot, jusqu’ici, à aucun être vivant. Convenez qu’il est au moins étrange que vous soyez si bien informé. Que savez-vous ?
Bruneau rougit jusqu’aux yeux en se voyant soupçonné ; mais il resta calme. D’ailleurs il pouvait lire dans mon regard qu’il n’était pas soupçonné par moi.
Il répondit :
— Je sais tout, puisque j’ai arrêté le… la personne qui est venue ici cette nuit.