Nous en étions là, quand je vis entrer un jour dans mon parloir le plus bel officier de hussards que j’eusse rencontré de ma vie, du moins je le crois. Supposant qu’il désirait voir une des misses plus ou moins fringantes que j’hébergeais :
— Qui demandez-vous, monsieur ? dis-je au séduisant cavalier.
— Mais, madame, c’est vous que je demande, fit-il avec un sourire épanoui. J’ai peur que, depuis ma dernière visite, les tourterelles ne soient mortes de vieillesse. Quant à ma petite amie, en jugeant d’après sa mère, j’ose espérer qu’elle n’est pas encore décrépite.
— Mon Dieu ! m’écriai-je, vous êtes Rupert de Flatmark !
— En personne ; revu, augmenté et nouvellement promu au grade de lieutenant. Depuis hier, je suis dans cette ville, ma garnison.
Il me baisa la main, et devenu tout à coup plus grave :
— J’entends encore mon pauvre père vous dire : « Cet enfant vous reverra peut-être avant moi. »
Après un silence de quelques secondes, je répondis à Rupert dont les yeux étaient humides :
— Vous n’entendîtes pas ce que je lui disais un moment plus tôt : « Cet enfant ne sera jamais un étranger pour moi. »
— Merci, madame ! Voilà des paroles dont je me prévaudrai pour franchir souvent cette porte. Et maintenant, puis-je renouveler connaissance avec ma petite amie ?