Je tombai à l’improviste au château d’Obersee. Non seulement la chanoinesse ne m’attendait pas, mais encore elle ignorait la soudaine vocation d’Élisabeth.

— C’est donc pour cela qu’elle passe son temps à l’église depuis avant-hier, me dit-elle. Ah ! ma nièce, voilà ce qu’on gagne à mettre les filles au couvent ! Tel un repas mal digéré, tout ce mysticisme dont l’enfant a été nourrie lui remonte au cœur. Mais cela passera ; c’est une lubie. Et puis elle adore son Rupert !

Ma future nonne, que j’allai trouver en quittant la sage Bertha, m’accueillit avec une sorte de tendresse exaltée mais latente, que je ne lui avais jamais vue. On devinait en elle un détachement voulu des choses d’ici-bas. Je me gardai bien de prendre au sérieux sa détermination dont je me moquai, tout au contraire, sans ménagement.

— J’aime à croire, lui demandai-je, que tu t’es mise d’accord avec ton fiancé.

— Il ne sait rien encore, me répondit-elle, avec un regard en haut, à la Sainte-Thérèse. Je compte sur vous, ma chère maman, pour lui faire entendre que je m’étais trompée, qu’il doit renoncer à moi.

— C’est-à-dire pour lui déclarer que tu ne l’aimes pas, que tu as menti en prétendant l’aimer ?

— Je n’ai pas menti : je l’aime ! C’est à Dieu seul que je pouvais le sacrifier.

— Tu n’en as pas le droit ! Tu t’es promise !

A cette affirmation, Élisabeth répondit en citant je ne sais plus combien de saintes qui, après s’être fiancées, voire même mariées, avaient changé d’avis au moment le plus délicat, et s’étaient consacrées au Seigneur.

De plus en plus j’inclinais à voir, dans cette affaire, la détresse d’une malheureuse instruite de l’histoire honteuse de son père. Je lui fis cette question, pour l’amener à se découvrir :