— Tu as probablement des raisons pour supposer que Rupert ne ferait pas d’opposition ?

— Hélas ! fit-elle, je suis certaine du contraire. Il sera très malheureux au premier abord. Mais Dieu prendra soin de le consoler.

Comme on voit ma fille avait réponse à tout. Il ne semblait pas, d’ailleurs, qu’elle sût rien du secret dérobé jusqu’à ce jour à sa connaissance. Pendant une heure je la retournai de tous les côtés ; mais je n’obtins aucun éclaircissement. Avec une douce obstination elle répétait :

— Laissez-moi partir, maman. Laissez-moi partir, tout de suite !…

— Je ne t’ai parlé que de Rupert, lui dis-je enfin. Et moi ?… Tu ne sens donc aucune tendresse pour ta mère ?

Elle fondit en larmes.

— Oh ! maman !… maman !… je vous aime plus que tout au monde, plus que Rupert !… Un jour, vous saurez que je vous aime plus que Rupert !…

Tout cela devenait assez mystérieux, il faut en convenir. Je commençais à y perdre mon latin, et surtout je commençais à croire que j’allais perdre ma fille. Obtenir un sage conseil de la tante, il ne fallait pas y songer. Avertir Rupert, c’était me mettre un autre fou sur les bras. Une inspiration me vint :

— Écoute-moi, dis-je à Élisabeth. Je vais me rendre seule au couvent ce soir même ; nous n’en sommes qu’à deux heures. Je verrai l’abbesse. Il est convenable que je la prévienne. Demain, je serai de retour ici.

L’abbesse en question était une femme de haute naissance, de valeur sérieuse, et qui avait connu le monde avant sa profession. Elle prêta une oreille attentive à mon long récit, puis elle me demanda :