Lorsqu’il eut fait la promesse demandée, mademoiselle Falconneau le renvoya.
— On vous attend pour la partie. Laissez-moi seule. Je reste ici quelques instants encore.
Le brave garçon fut heureux d’accomplir cet ordre. Son cœur se brisait de pitié, de douleur et de tendresse. Et quelle consolation pouvait-il offrir à cette douce condamnée ? Il se sentait incapable de dire un mot ; perdant contenance, il se retira ou, pour mieux dire, il s’enfuit, laissant la jeune fille en tête à tête avec l’Océan, dont la grande ligne sombre coupait au loin le ciel brillant d’étoiles.
Un peu plus tard, Clotilde traversa la pièce où les joueurs combinaient leurs coups dans un silence profond. Elle dit, sans s’approcher de la table :
— Ne vous dérangez pas. Bonsoir, tous ! La journée a été un peu fatigante, je vais dormir.
Elle se retourna, prête à fermer la porte, et regarda Célestin pour lui rappeler sa promesse. Le loyal garçon n’en avait pas besoin. Jamais il ne fit part à personne de leur rencontre derrière le cabinet de verdure, où mademoiselle Falconneau venait d’entendre son arrêt de mort.
Ils eurent un nouveau tête-à-tête — prémédité, celui-là — quelques semaines plus tard. L’établissement de Falconneau en Algérie était décidé, d’autant plus vite que sa fille, dès le premier mot, s’était montrée désireuse de partir, ce qui avait beaucoup surpris son père. C’était toujours une difficulté de moins.
— Nous allons donc nous quitter, dit la jeune malade à Célestin. Je me sépare des autres avec un au revoir ; mais, avec vous, je n’ai pas besoin de jouer la comédie, puisque nous avons notre secret. C’est le grand adieu que je vous laisse.
Bidarray était pâle comme un linge ; on aurait pu croire que c’était lui qui se préparait à partir pour l’Algérie — et pour beaucoup plus loin. Il essaya de balbutier :
— Vous savez quels effets… miraculeux produit parfois le pays où vous allez. Monsieur Lespéron le disait…