— Ah ! fit Clotilde ; je compte bien sur ces effets miraculeux. Trois ou quatre ans de vie, c’est… une éternité, quand on voit sa tombe ouverte. Et cependant, je devrais bénir la mort… Mais que voulez-vous ? J’ai dix-huit ans…
Elle essuya une larme.
Célestin, d’abord décidé à faire l’aveu de son amour avant le départ, fut glacé par la tournure plus que sévère de l’entretien. Il sentait, d’ailleurs, qu’il éclaterait en sanglots, s’il disjoignait ses dents serrées.
Mademoiselle Falconneau — plus maîtresse d’elle-même, car elle n’aimait pas — reprit au bout de quelques secondes :
— Vous m’aviez fait une promesse : vous l’avez tenue ; je vais vous en demander une autre. C’est pour moi un cuisant chagrin que d’abandonner la tombe de ma mère. Si vous m’assuriez que vous en prendrez soin…
— Jusqu’à mon dernier jour, affirma Célestin, qui recouvra la parole pour donner à Clotilde une dernière joie. Comme elle est aujourd’hui, ainsi vous la retrouverez…
— Chut ! interrompit mademoiselle Falconneau. La comédie n’est que pour les autres. Adieu, monsieur Célestin ! Vous avez été bon pour moi. Si, de temps en temps, vous m’écriviez les nouvelles du pays, cela me ferait plaisir. Je ne puis guère compter sur d’autres lettres…
— Comment ! protesta Bidarray. Et votre tante, cette vieille demoiselle qui a une maison à Saint-Sever ?
— Depuis qu’elle a perdu cinq mille francs dans l’entreprise de mon père, ils sont brouillés à mort. Cependant elle est riche et, pour elle non plus, la vie ne peut pas être bien longue. Mais elle aime trop l’argent. L’argent ! A quoi cela sert-il, quand on n’a plus d’espoir en ce monde ?… Sur ce, adieu ! Je vous souhaite le bonheur et une longue vie.
Quelques jours après, tandis que Falconneau et sa fille s’éloignaient des côtes de France, Lespéron disait à Célestin :