Robert de Chalmont à Clotilde Falconneau. — Biskra.

« La Peyrade, mai 188…

« Ah ! comme votre pardon est cruel ! Comme vous me brisez le cœur quand vous me dites, quand vous me répétez avec cette insistance lugubre pourquoi vous n’êtes pas fâchée. Votre colère, votre dédain le plus méprisant, me seraient moins insupportables. Vous aimer, sans jamais entendre parler de vous, serait une joie ineffable, si je savais que vous êtes forte et pleine de vie.

« Pourquoi donc tenez-vous tant à mourir ? Car il semble que vous y teniez vraiment.

« Ah ! comme vous me faites bien voir, par ce dédain de la vie, que je ne suis rien à vos yeux ! Que vous importe d’être aimée par un être aussi peu digne de vous ! Que vous importe si j’existe ou non ! Et moi, malheureux ! si vous mourez, que me reste-t-il ? Une seule chose : la mort !

« Mais, jusqu’au jour où je vous suivrai dans un autre monde moins cruel, vous aurez tout mon cœur. Nulle femme, je le jure, n’y est entrée avant vous ; nulle n’y entrera désormais. Quelle que soit la destinée, que vous arriviez à la vieillesse, ou que vous quittiez cette terre à la fleur de l’âge, mon dernier soupir emportera votre nom dans l’éternité.

« Maintenant, par grâce, daignez me répondre.

« Supposons que, demain, une guérison subite vous assure de longs jours, seriez-vous indulgente pour celui qui ne demande qu’à vous servir à genoux ? Permettriez-vous qu’il tentât de cicatriser la blessure d’un premier amour malheureux ? Qui sait ? Peut-être qu’elle n’est pas sans remède. Quant à moi, hélas ! mon mal est inguérissable, sauf par votre main.

« Soyez miséricordieuse ; répondez-moi, sans tarder. Je meurs d’impatience, de douleur et de crainte. »

Clotilde Falconneau à Robert de Chalmont. — La Peyrade.