Si vous préférez aux sites agrestes les vastes horizons de mer, embarquez-vous sur cette pimpante goëlette qui se balance gracieusement sur les flots, et allez voir passer les merles sur la dunette: vous y trouverez certainement plus de charme qu'à rester enfermé dans les cabinets du bord pour regarder passer les merdes sur la lunette. Vous pourrez, en outre, observer de près la manœuvre de ces immenses lignes dont se servent les pêcheurs en quête de thon, et ce spectacle vous intéressera plus que la vue des pêcheurs en tête de cons auxquels vous vous heurtez, le soir, sur les quais mal éclairés des ports de commerce. Faites bien attention, par exemple, au retour de cette promenade, à vous faire remettre sans encombre votre valise sur la berge, car un accident est trop vite arrivé; vous risquez, en effet, de recevoir une balise sur la verge, ce qui vous exposerait, en rentrant chez vous, à subir, sanglant, les reproches amers de votre femme, déjà furieuse de votre fugue de quelques heures.
Mais les vacances, hélas! sont terminées et il faut regagner la ville, avec son attirail de désagréments, de conventions mondaines et de plaisirs frelatés.
Voilà, d'abord, votre concierge, persuadé de sa haute importance et convaincu qu'il vous accorde une grâce, chaque fois qu'il vous tire le cordon: on a bien raison de dire que les concierges sont vains, en retournant à leur usage le proverbe de nos ancêtres: «les cons vierges sont sains».
Et puis, c'est votre fils qui rentre, un soir, la mine piteuse, et proteste d'abord, devant votre insistance paternelle, qu'il «revient du cours»; enfin, pressé de questions, il finit par avouer, et vous êtes obligé d'aller faire examiner par un spécialiste la pine miteuse qu'il a rapportée du boudoir d'une donzelle du Quartier.
Il faut alors faire préparer les remèdes les plus urgents; mais le pharmacien est occupé: il est à boucher de l'extrait de Saturne, et son potard, qui vient de toucher de l'extrait de sa burne, est en train de se laver les mains.
Enfin, vous tenez les médicaments et vous regagnez en hâte votre domicile, suivi de votre rejeton qui marche, comme un chien fouetté, la queue entre les jambes. Mais vous aviez compté sans les embarras de la rue: la nuit est venue et, avec elle, la fraîcheur: aussi le passage est-il intercepté par un groupe de charpentiers faisant cercle autour d'un feu de poutres; ce qui suggère à M. votre fils, par une association d'idées bien naturelle, que, de même, beaucoup d'ennuis gravitent autour d'un peu de foutre.
Vous avez traversé le cercle des charpentiers, mais, arrivé devant votre porte, vous tombez sur un rassemblement compact et tumultueux. On raconte que le charcutier du rez-de-chaussée a été vu lié sur son char; les commentaires vont leur train et l'on parle déjà d'une autre affaire Steinheil. Renseignements pris, tout se réduit à un incident vulgaire: un client, entré dans la boutique à l'improviste, avait simplement vu le digne commerçant chier sur son lard, et l'imagination de la foule avait grossi la nouvelle.
Dans les salons, la Contrepéterie de consonnes exerce également ses ravages: on rencontre souvent dans ces lieux de réunion select des femmes à l'allure douteuse s'ingéniant à copier le ton et les manières des dames à l'allure fouteuse qui font les délices des music-halls et autres rendez-vous de plaisirs défendus.
Combien de jeunes filles, prétendues innocentes, racontent, en minaudant et en se donnant des airs poétiques, qu'elles adorent les nids à verdure, alors que leur pensée sous-entend les vits à nerf dur dont rêvent toutes les adolescentes en mal de puberté.
Je ne cite que pour mémoire le jeune homme à la mine de plomb, qui parcourt mélancoliquement les groupes de danseurs, tandis que, sur son passage, les vieilles mamans chuchotent qu'il doit avoir une pine de melon.