Les Contrepéteries vulgaires se subdivisent en deux classes, suivant qu'elles résultent de permutations de consonnes ou de permutations de voyelles.

Les premières sont, de beaucoup, les plus nombreuses et forment à elles seules près des deux tiers des contrepéteries actuellement connues.

La raison en est simple: les voyelles constituent l'ossature des mots, dont les consonnes seraient les muscles déterminant le contour des formes extérieures. Or, il est moins pénible de disséquer des parties molles que de désarticuler des vertèbres: la résistance de celles-ci rebute l'anatomiste inexpérimenté, toujours tenté de s'en tenir au moindre effort.

Ainsi les Contrepéteries de consonnes s'offrent-elles, en quelque sorte, d'elles-mêmes, tandis que les Contrepéteries de voyelles, beaucoup moins maniables, exigent un savoir et une pratique ignorés des débutants.

La souplesse et la multiplicité des Contrepéteries vulgaires de consonnes leur permettent de s'adapter à tous les genres et à tous les milieux: rien de ce qui est humain—et même de ce qui ne l'est pas,—ne leur est étranger, et l'on pourrait composer avec ces antistrophes universelles la plus riche des encyclopédies.

Eprouvez-vous le désir d'oublier le bruit de la capitale dans la contemplation de scènes champêtres? Regardez cette jeune fille qui suce le pis de la vache. Voulez-vous, au contraire, entreprendre l'étude des bas-fonds parisiens? Regardez cette marmite qui suce le vit de l'apache. La magicienne, d'un coup de sa baguette, vous a porté où vous vouliez aller.

Vous aimez les Rosa Bonheur? Alors jetez les yeux sur ce coin de paysage nivernais, tout inondé de soleil, avec ces laboureurs caressant le cou de leurs bœufs. Seulement méfiez-vous du faux jour, et ne venez pas me soutenir, avec un de mes amis, trompé par un éclairage défectueux, que ces bons laboureurs caressent le bout de leur queue.

Tout près, dans un clair décor de gerbes dorées, de robustes moissonneurs sont occupés à empiler de vieilles faulx; vous les retrouverez, d'ailleurs, leur journée finie, derrière les meules de blé mûr, mais occupés maintenant à enfiler de vieilles peaux.