Si le lecteur a suivi attentivement les développements qui précèdent, il aura pu se faire une idée exacte des divergences primordiales qui différencient les Contrepéteries intrinsèques des Contrepéteries extrinsèques.
Les premières, forcément limitées et presque toutes connues à l'heure actuelle, sont comme les monuments lapidaires de l'art classique qui perpétuent, au travers de la diversité des écoles, les lignes essentielles de la beauté idéale; les autres, au contraire, semées par une main prodigue dans le champ de la fantaisie, sont innombrables et toujours nouvelles, et c'est à leurs modes multiples et à leur infinie variété que je vais consacrer les derniers chapitres de cette minutieuse étude.
CHAPITRE IV
Les deux groupes principaux des Contrepéteries extrinsèques.—Contrepéteries vulgaires.
Les Contrepéteries extrinsèques, douées d'une extrême mobilité, se faufilent partout, à tort et à travers: ici, elles se contentent de dépouiller un substantif sans défense de l'une ou de plusieurs de ses lettres, prises isolément, pour les remplacer aussitôt par des éléments de même nature empruntés à des mots voisins; ailleurs, elles se livrent à des amputations audacieuses de syllabes entières, compensées par des greffes d'importance égale.
De là, deux catégories distinctes, que je désignerai respectivement sous les titres de Contrepéteries vulgaires et de Contrepéteries transcendantes.
Loin de moi la pensée, en qualifiant de vulgaires les premières de ces permutations, de vouloir jeter sur elles un discrédit immérité: elles ont fait la joie de nos pères et continueront, longtemps encore, à amuser nos enfants. Je veux simplement entendre par là qu'elles sont les plus répandues et les plus fréquentes, à la portée de toutes les bourses, si je puis employer cette comparaison téméraire.
En revanche, les Contrepéteries transcendantes, d'une essence vraiment supérieure—en tant que combinaisons,—courent beaucoup moins les rues, et semblent être le fruit de conceptions géniales, réservées à l'aristocratie du talent.