Les louables tentatives des partisans de la paix, dont je m'honore de partager les conceptions généreuses, n'ont pu, malheureusement, prévenir l'horrible conflagration qui vint semer le deuil et l'épouvante parmi deux grandes nations, jusqu'alors regardées comme les sentinelles avancées de la civilisation en Extrême-Orient: la Russie et le Japon, au lieu de s'en remettre aux décisions légales de l'arbitrage, préférèrent recourir au sort incertain des armes, au risque de propager l'incendie et de provoquer un cataclysme général. On s'attendait, à chaque minute, à voir la Chine se lever sous l'effort des Nippons, de même qu'en vertu d'un phénomène purement physiologique, la pine se lève, menaçante, sous l'effort des nichons, prête à pratiquer d'irréparables trouées dans les forteresses les plus impénétrables. L'histoire n'a pas eu à enregistrer cette complication désastreuse, mais les décharges répétées dont la Mandchourie fut le théâtre étaient bien faites pour produire, chez les peuples voisins, une excitation contagieuse, aux conséquences impossibles à prévoir.

Parmi les actes d'énergie accomplis par la troisième République, la loi sur les associations mérite, évidemment, une mention spéciale: elle eut pour résultat de mettre un terme à l'envahissement graduel de congrégations plus ou moins autorisées, qui eussent absorbé, aussi facilement qu'une hostie, la société laïque, sans la vigilance du ministre auquel incombait le maintien de la sécurité de l'Etat.

L'exécution de la volonté nationale n'alla point, d'ailleurs, sans protestations véhémentes, aggravées, par-ci par-là, d'une résistance opiniâtre à mains armées de vases de nuit et autres récipients, variés quant à la forme, mais identiques quant au fond,—et surtout au contenu.

Aussi ma surprise fut-elle grande de lire, un matin, dans une feuille départementale, que le supérieur d'un couvent de moines, dont l'expulsion venait d'être opérée la veille, avait retiré son capuce devant le préfet chargé de lui signifier l'arrêté du gouvernement.

—Voilà, pensai-je, une heureuse exception, et il ne sera pas dit que le respect de l'autorité soit méconnu par la totalité de nos adversaires; il y a partout des gens sensés et ce digne ecclésiastique fait preuve d'une largeur d'idées à laquelle ne nous avaient point habitués ses collègues.

Mais mon illusion devait être de courte durée: le canard dans lequel j'avais relevé cette information sensationnelle publiait, le lendemain, une rectification non moins extraordinaire: le révérend père, dans un accès de folie mystique, s'était livré à des exhibitions indécentes, et avait, en particulier, retiré son prépuce devant le café fréquenté par les fonctionnaires civils et militaires de la localité.

Les mesures de protection, dont je viens de rappeler l'un des multiples épisodes, avaient jeté l'alarme dans les rangs du clergé séculier, nullement menacé cependant avant la déclaration de guerre de la papauté, qui devait aboutir fatalement à la rupture des relations entre la France et le Saint-Siège.

Certains prêtres timorés, soigneusement entretenus par les émissaires pontificaux dans la crainte de persécutions imminentes, se terraient dans l'ombre de leurs confessionnaux et se préoccupaient même de mettre hors de portée de la main des profanes les objets du culte et les images sacrées.

C'est ainsi que le desservant de ma paroisse, jeune ecclésiastique tout frais émoulu du séminaire diocésain, ne montrait plus sa vierge aux petites filles du catéchisme que derrière le panneau situé entre la sacristie et la porte du presbytère. Il a, d'ailleurs, dès que la Séparation fut un fait accompli, jeté le froc aux orties, sans oublier toutefois complètement les devoirs de son ancien ministère, car il m'est revenu qu'on l'a surpris, un soir, en train de montrer sa verge à la nièce d'un banquier, derrière le piano du salon de son hôte.