L'excellent universitaire, travaillé par un commencement de paralysie générale, avait confondu la pièce du fond avec la fesse du pion, ce qui laissait planer sur les répétiteurs l'injuste soupçon de complaisances coupables envers les potaches confiés à leurs soins.
Puisque nous sommes dans les maisons d'enseignement, restons-y, et passons des lycées de garçons aux collèges de jeunes filles.
Dans l'une de ces pépinières de femmes savantes, le réfectoire des «grandes» était en révolution: une superbe tête de veau blanchie, agrémentée de fines herbes, n'avait pas l'heur de plaire à ces demoiselles. Ce fut la surveillante—une jolie brune, ma foi!—qui trouva le mot de la situation:
—Si on leur servait des têtes de vits blancs chauds, souffla-t-elle à l'économe, elles ne feraient pas tant les difficiles.
Pensée profonde, que n'eût pas désavouée une inspectrice générale.
De la France à l'Espagne il n'y a qu'un pas, d'autant moins infranchissable qu'il n'existe plus de Pyrénées. Mais, au temps où ces montagnes dressaient encore leurs cimes entre les deux pays, le voyageur pouvait observer le défilé pittoresque des contrebandiers montés sur leurs mules avec des patins,—ces accessoires de locomotion hivernale étant indispensables à la traversée des glaciers. La campagne terminée, et la vigilance des douaniers désormais mise en défaut, il était non moins curieux d'assister aux orgies de ces négociants irréguliers de la frontière, montés sur leurs malles avec des putains, et dépensant, en quelques heures, en des noces crapuleuses, le produit de leurs opérations illicites.
Les typographes ont la spécialité d'introduire dans la copie de regrettables Contrepéteries de voyelles. Je me garderais bien de leur en adresser un reproche, car, quoi qu'on en dise, les travailleurs du livre ne sont pas toujours de bonne composition; mais mon impartialité d'écrivain et le devoir d'éclairer mes semblables m'obligent, cependant, à signaler quelques-unes de ces coquilles.
Dans une Histoire de la guerre franco-allemande, publiée sous les auspices du ministère de l'Instruction publique, on lit avec stupéfaction que des écumeurs de champs de bataille, sortis on ne sait d'où, avaient trouvé sur les lieux du sanglant désastre de Sedan un nombre considérable d'étrons sous les caissiers. On n'avait, jusque-là, jamais entendu dire que cette terrible rencontre se fût produite entre comptables: tout au plus, les héros de cette funeste journée l'étaient-ils, envers Dieu, de l'existence qu'ils sacrifiaient à la patrie. En l'espèce, il ne s'agissait, du reste, que d'un stock formidable d'étriers tombés sous les caissons, à l'instant où la cavalerie perdait pied devant les forces écrasantes qui devaient nous enlever deux provinces et nos dernières illusions sur les bienfaits du régime impérial.
Un important ouvrage illustré sur les Coutumes celtiques a perdu toute valeur du fait d'une erreur typographique inexcusable. Dans la description d'un pardon fort connu, l'auteur dit que «les Bretons sont arrivés leur pen-bass à la main», ce que l'imprimeur interprète: «les Bretons sont à rêver leur pine basse à la main». Et ce qu'il y a de plus grave, c'est que le dessinateur, sur la foi de ce texte trompeur, a représenté une scène indigne de tout pardon.
De semblables bévues sont toujours extrêmement fâcheuses; mais où leur gravité devient exceptionnelle, c'est lorsqu'elles se produisent dans des publications destinées à la jeunesse. C'est précisément le cas d'un roman honnête, approuvé par Monseigneur l'archevêque de Tours, et distribué en prix dans les écoles chrétiennes: je n'en indique pas le titre afin de ne point exciter des curiosités malsaines. Dans l'un des passages les plus dramatiques de cette œuvre d'imagination, il est question d'une dame russe portant autour du cou une fourrure à longs poils d'un prix inestimable, que le tzar, lui-même, avait daigné admirer. Or, le correcteur avait probablement la tête ailleurs quand il revoyait ses épreuves, car il met en scène une dame rousse portant au trou du cul une fourrure à longs poils tellement extraordinaire que l'autocrate de toutes les Russies en était resté baba.