La sacrée galette de boulanger m'avait retourné mon cliché!
J'étais trop innocent pour mesurer l'inconvenance de mes paroles, mais je vis bien qu'elles étaient mal accueillies, car l'une des charmantes personnes auxquelles j'avais cru adresser un compliment délicat s'écria moqueusement, en me désignant à ses compagnes:
—Ce jeune homme bande comme un salaud.
Je saisis fort bien l'intention malveillante de ce propos rageur,—sans toutefois en discerner le sens. J'ai appris, depuis, qu'une fureur mal contenue avait également troublé l'élocution de mon ennemie involontaire, dont la colère à mon endroit se voulait synthétiser en cette observation désagréable:
—Ce jeune homme danse comme un ballot.
Je suis à l'abri, il y a beau temps, de ces mésaventures chorégraphiques et un maquignon, fort estimé dans les foires, me disait encore dernièrement que je ressemblais à ses vieux chevaux et que je devais avoir les jambes plus raides que la queue. Le bougre ne se trompait pas et je serais rudement embarrassé aujourd'hui pour esquisser la moindre polka ou le plus léger semblant de valse.
Et cependant—sans avoir jamais sonné de la trompe,—je m'intéresse toujours aux exercices du corps; le cirque m'attire, et les sauts périlleux des acrobates ou les facéties désopilantes des clowns sont un régal pour moi.
En ce dernier genre de bouffonneries anglo-américain, je n'ai rien vu, de ma vie, de plus cocasse que le travail en liberté d'un braque et d'une marmotte, présentés par un certain Auguste auquel l'affiche faisait les honneurs de la grande vedette. Le public ne se lassait pas de regarder ces bêtes, admirablement dressées, s'enfiler sur la piste, le poil hérissé, la queue en l'air, et se livrer à des mouvements de va-et-vient précipités, chaque fois que l'une ou l'autre voulait retirer son cou après une passe brillamment disputée: les dames criaient bis et les messieurs étaient enthousiasmés. Si je n'ai pas raté ce numéro sensationnel, ce n'est certes point la faute du programme: la direction annonçait en effet, par le canal de ce document officiel, le travail en liberté d'un braquemart et d'une motte, présentés par le célèbre Auguste de l'Hippodrome de Chicago.
On ne commet pas d'erreurs pareilles—ou plutôt on ne devrait pas les commettre. Je sais bien que nul n'est infaillible,—à part le pape, bien entendu—; mais il est des fautes lourdes qu'un peu de réflexion ou de retenue éviteraient sans peine, au grand profit de l'intérêt général.
Que de réputations inattaquables ont payé un tribut d'infamie immérité à des inadvertances ou à des légèretés répréhensibles, dont les auteurs ont traîné, jusqu'à la fin de leurs jours, le remords cuisant!