Enfin, Tabourot, catholique fervent, ne ménageait point ses louanges aux jeunes hommes attachés aux bons cordeliers, tandis qu'il réservait ses admonestations les plus sévères aux jeunes filles doutant de leur foi. Mais telle était, à son époque, la corruption des mœurs que l'on voyait, plus souvent encore, les jeunes hommes attachés aux cons bordeliers et les jeunes filles foutant de leurs doigts.

Cette rapide analyse aura permis d'apprécier l'importance de l'œuvre de Tabourot: cette œuvre eût été plus vaste encore, si une mort prématurée n'était venue ravir le savant Bourguignon aux lettres et à ses amis. Le travail gigantesque auquel il s'était livré pour rassembler les matériaux de son étude sur les Antistrophes ou Contrepéteries ne fut pas, sans doute, étranger à cette fin précoce: il s'éteignit à quarante et un ans, muni des sacrements de l'Eglise, dont il avait été l'un des chauds défenseurs.

Sous le règne du Grand Roi, et pendant tout le XVIIIe siècle, la Contrepéterie sommeille: elle effarouchait la pruderie des classiques et s'accommodait mal de la mythologie maniérée des abbés de cour et des marquises à paniers.

Elle était, aussi, victime de la concurrence déloyale de l'anagramme, misérable expédient des flatteurs à gages, qui se torturaient la cervelle, dans l'espoir d'un maigre salaire, pour dénicher quelque chose dans les noms des puissants du jour, notoirement connus pour n'avoir rien dans le ventre.

Colletet, pourtant peu suspect de partialité en la matière, ne s'est pas fait faute de décocher à ces thuriféraires de bas étage ses traits les plus acérés, et les vers suivants, qu'il adresse à Ménage, ne laissent aucun doute à cet égard:

Ménage, sans comparaison,

J'aimerais mieux tirer l'oison.

Et même tirer à la rame,

Que d'aller chercher la raison

Dans les replis d'une anagramme.