M. de Bégalit parti, Adolphe et ses parents se regardent à grands yeux vides : ils ne savent pas, ils sont désemparés.
Ils devraient évidemment partager la réprobation frémissante du père d'Émilienne, qui trouve abominable, monstrueux, qu'une jeune fille désireuse de se marier affiche, comme d'un élan irrésistible, son sentiment pour la criminelle qui a assassiné son mari.
M. et Mme Dovrigny surtout devraient voir là, sans hésiter, le coup de théâtre escompté, la révélation qui, au dernier moment, démonétise un personnage sympathique par erreur.
Mais la dose excessive empêche qu'un poison mortel tue sur le coup. Mais la dose excessive de monstrueux arrête le mécanisme intellectuel.
L'acte de Mathilde est tellement inattendu que l'on ne comprend pas, — et l'incompréhension fait que l'on reste sans paroles, sans décision.
Ah! mon Dieu, on sonne, on a sonné! C'est l'heure! Quoi faire? on ne sait pas.
Le fils et les parents assis ne bougent pas. Ils oublient le cérémonial prémédité, — ils laissent la domestique introduire la visiteuse.
Dans le cadre de la porte, apparaît la jeune fille, — celle dont l'on vient de parler, — celle d'hier : ses mains gantées ont offert les fleurs, son front, ses yeux, sa bouche ont exprimé la solidarité, — dans sa poitrine, son cœur a commandé l'élan inconcevable.
Or l'entrée de Mathilde produit sur les trois personnages assis l'effet d'une irruption de clarté.
Ils se lèvent, ils s'avancent d'instinct, par spontanéité curieuse, comme pour voir de près, comme pour toucher.