— Maman! maman! J'en ai un!… j'en ai un petit frère, une dame vient de m'en donner un.

Mme Passerot trouva cette plaisanterie imprudente ; Suzon pouvait laisser choir le poupon, mais il y avait tout de même de quoi rire :

— Où est-elle, cette dame? elle monte, ou bien elle attend en bas?

La dame ne montait pas, et quand, au bout d'un instant, la maman regarda par la fenêtre, elle ne vit personne en bas. Effarée, elle courut chez la sage-femme ; celle-ci ne fut pas très étonnée de l'aventure : la sortante, avait parlé d'abandonner son enfant à l'Assistance Publique.

M. Passerot rentra de son bureau. Que faire? Il fut d'avis qu'il fallait simplement restituer l'innocent à Mme Le Guetteux qui, selon son rôle, s'adresserait à l'administration municipale.

Mais Suzon, rendue anxieuse par les airs mécontents et les conciliabules à voix basse, ne voulut pas lâcher son trésor :

— Il est à moi… je l'ai pas pris! je l'ai pas volé! on me l'a donné… je veux le garder.

Elle fit une telle scène de larmes et de hurlements, une scène si vraiment effrayante, que, ma foi, vu l'heure tardive, le père consentit à ce que l'on couchât le petit frère auprès de Suzon.

Mais le lendemain, — quel saisissement, quel désespoir : il n'était plus là.

Suzon n'accepta pas cette explication : que la dame était venue le reprendre pendant la nuit. Non, la dame l'avait donné pour de bon et elle était partie pour toujours, c'était là un fait matériel, inchangeable, — mais Suzon avait bien vu que le petit frère ne plaisait pas et qu'on voulait le rendre à Mme Le Guetteux.