En effet, il commença par percevoir les bons sentiments de Mademoiselle et par vouloir les imiter. Mais il ne se départit pas pour cela de sa brutalité.

Pour être aimable, il ne savait qu'offrir ce qu'il avait dans ses poches, — bonbons, joujoux, images, — mais en saisissant rudement le camarade, en le secouant, en lui fourrant le cadeau dans le bec, dans les pattes, dans les frusques, de façon à lui faire du mal.

— Tiens, mon vieux, c'est pour toi… tu crois que c'est une attrape… attends un peu, je te vas ficher une volée, jusqu'à ce que tu voies bien que c'est vrai, que je te donne tout ça que je te montre dans ma main.

Ce résultat si imparfait sembla décisif à Mlle Victorine, — aucun miracle n'est impossible du moment que l'on peut s'adresser à la sensibilité d'un enfant.

Une mirobolante inspiration lui fit promulguer cet ordre de service : désormais, à la récréation, Boris restera dans la partie de la cour réservée aux filles.

Elle expliqua aux intéressés des deux sexes réunis qu'il ne s'agissait pas d'une punition, mais d'une mesure de paix publique. Boris était trop costaud et trop porté à « faire le ménage », c'est à dire à battre les camarades comme des tapis, — ce n'était pas sa faute, — mais il rendait trop sauvages, les jeux déjà infernaux des garçons : au voleur, — à l'incendie, au déraillement, — au combat naval, au match-« Carpentier ». Les hurlements faisaient arrêter le monde devant l'école…

— Surtout les sages-femmes, — qui croient qu'on a besoin d'elles, — observa judicieusement Polyte, le garçon le plus raisonnable de la classe.

Mais Mademoiselle n'entendit pas et continua son oraison : Boris serait obligé d'être calme en prenant part aux jeux des filles : à la marchande, — a la maîtresse d'école, aux visites.

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Un phénomène pas rare de psychologie féminine : ça ne fait pas l'affaire des filles que Boris abandonne toute brutalité.