Ces demoiselles jouent à ne pas vouloir jouer avec lui.
— A quoi qu'on rigole? demande-t-il.
— A rien, on veut pas s'amuser avec toi.
Et l'on fait mine de le narguer, de le défier, de fuir. Il est bien forcé de poursuivre et de bousculer.
Il s'aperçoit que les filles ne se défendent pas de la même façon que les garçons, — elles ne rendent pas de coups de poing, elles ont une riposte plus déliée, plus rapide et sournoise : elles lancent des claques, des coups de griffes.
Mademoiselle lui a dit, — et lui répète : hé là-bas! qu'on ne bat pas les filles, — il interprète, il constate : les coups à main fermée ne concordent pas avec ceux des filles, — et puis ces coups là ne trouvent pas assez de surface, ni assez de contre-poids. Et voici déjà un premier dégrossissement.
Un enfant a toujours un camarade préféré qui l'attire plus que les autres.
La camarade qui finit par attirer le plus Boris est Fifine — la bien nommée, — une mignonne de six ans, brune, délicate de figure et qui reproduit délicieusement, à son insu, les attitudes, les expressions de physionomie de Mademoiselle.
Tout d'abord, elle n'était pas de celles que Boris voulait contraindre à jouer ; il ne faisait pas attention à elle, comme trop « brimborion » sans doute. C'est elle qui lui a signalé sa négligence :
— Je suis bien contente, moi, je joue pas non plus et on me laisse tranquille.