Boris n'a pas hésité à la pousser par l'épaule et à la secouer :

— Tu dis que tu veux pas jouer non plus, mais moi justement ça m'amuse de cavaler après toi et que tu cherches à me tirer les cheveux.

Mais Boris se trompe ; il attribue à tort à Fifine le genre d'opposition des autres filles.

Elle résiste sans fuir et sans se servir de ses bras. Elle lutte par contraction menaçante, par mimique ; sa résistance est dans ses yeux, dans sa figure :

— Laisse moi, gros méchant, — je ne veux pas de ces manières là…

Boris, dans ces conditions, ne peut pas secouer beaucoup Fifine, il la lâche pour courir vers d'autres adversaires plus agissantes, — mais il s'étonne lui-même de céder ainsi, il se dit quand même victorieux :

— Voilà! ça t'apprendra, une autre fois, à pas me regarder, à pas me parler.

Les autres fois, Fifine est plantée dans la cour, de façon à être dans le chemin, dans le rayon visuel de Boris. Et elle se distingue des autres filles ; elle est la première en composition, elle a toujours la croix attachée d'un ruban grenat à son tablier noir, bien propre, elle a l'air sérieux de Mademoiselle et ses chaussettes ne sont jamais rabattues sur ses souliers à clous bien cirés.

Les yeux au dessus de la tête de Boris, elle dit avec impertinence :

— Je regarde comme si c'était le marronnier.