— Tu sais, toi, tu ne me fais pas peur.
Mlle Victorine qui a suivi l'évolution de Boris, enregistre cette parole d'autant plus admirable, d'autant plus significative, que Boris, depuis son arrivée à l'école, depuis quelques mois, s'est mis à grandir visiblement et qu'il a l'air d'un véritable colosse à côté de la fluette Fifine.
Et Mademoiselle aussitôt s'empresse de donner à Madame Danglemond cette chère assurance :
— Je vous certifie, Madame, que votre fils ne sera pas un butor. Il devient sensible à l'autre force : la non matérielle, l'impondérable, la supérieure à toutes, et qui prend des noms différents selon la forme où elle domine chez les différents individus : intelligence, autorité morale, noblesse, bonté, beauté. Boris acquiert l'autre force par le fait même qu'il en subit l'ascendant : c'est par l'intelligence que l'on est sensible à l'intelligence, par douceur personnelle que l'on est sensible à la douceur d'autrui, par maîtrise de soi que l'on respecte la patience courageuse.
Et, au bout de quelque temps, voici une émouvante expérience.
Dans le bureau de la directrice qui donne de plain-pied sur la cour, M. Danglemond lui-même, si inquiet de son fils, assiste incognito à une récréation.
Le jeu « à la maîtresse d'école ».
Cette personnalité, chez les enfants, est différente de la vraie institutrice, — elle tient surtout de la mère et des femmes voisines de la gamine qui joue le rôle.
Bien entendu, c'est Fifine la maîtresse. Son jeu est de continuelle exhortation, et le jeu des élèves accroupis par terre est, hélas, de la faire enrager.
Bien entendu Boris est l'élève dont on s'occupe le plus.