Eh bien, les parents d'Émilienne furent d'avis que les Dovrigny n'avaient qu'à user de leur autorité et à imposer une rupture immédiate.

Toutefois, ils acceptaient, en haussant les épaules, que l'on donnât le temps à Adolphe de revenir tout seul à un choix acceptable. Car ils ne doutaient pas un instant que leur fille ne l'emportât sur cette mademoiselle Mathilde ; ils n'admettaient même pas qu'Émilienne fût mise en balance. Ils comprenaient qu'Adolphe craignait une scène disgracieuse, s'il rompait trop brusquement.

Hélas, Adolphe demeurait inébranlable dans sa résolution d'épouser Mathilde et il insistait pour la présenter à ses parents. Ils ne la connaissaient que pour être allés secrètement l'examiner dans son bureau, à un guichet ouvert au public. Déchirés, portés à la fois à céder et à refuser, ils bornaient leur résistance au moyen administratif de l'atermoiement, où ils excellaient par atavisme.

Le jour où ils recevraient Mathilde, ne reconnaîtraient ils pas, par ce fait, comme possibles, les fiançailles de leur fils?

Finalement, après quelques semaines gagnées au moyen de prétextes, de diversions, de contre-propositions plus ou moins bien déguisées, M. et Mme Dovrigny durent se résigner.

Mais, tenaces jusqu'au bout, ils spécifièrent très fort que cette première visite de mademoiselle Mathilde Anriquet n'était encore qu'une épreuve.

Ils s'accrochaient à cette dernière imagination : que la jeune employée commettrait quelque incorrection, laisserait apparaître quelque infériorité qui choquerait Adolphe lui-même et justifierait une nouvelle opposition de leur part.

Cela s'est vu souvent, cela est avec raison exploité au théâtre : une personne placée par les apparences trompeuses à un rang élevé, — et qu'un gros mot, qu'un geste trivial fait dégringoler au bas étiage qui est le sien véritable.

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Le fatal dimanche est arrivé.