Un programme a été arrêté d'avance.
Cet après midi, Mlle Mathilde Anriquet ne sera accompagnée ni de son père ni de sa mère qui préfèrent, par sentiment des distances, modestement rester dans l'ombre, — (M. Anriquet est Contrôleur de chemin de fer), — elle viendra toute seule à cinq heures.
Adolphe, seul aussi, tout d'abord, la recevra, l'introduira dans le salon, — puis il ira chercher ses parents et procédera à une présentation en règle — sans qu'à aucun moment soit posée, soit examinée la question du mariage.
Dès le commencement de l'après midi, Adolphe et ses parents sont émus pour des causes différentes, mais à un degré pareil. Malgré eux, ils regardent l'horloge, ils calculent le temps avec anxiété.
Quatre heures. On sonne. Quelle peut bien être cette visite?
Surprise : c'est M. de Bégalit qui non seulement ignore où en sont les choses, mais reste persuadé qu'Adolphe sera son gendre, plus ou moins tôt, selon les circonstances et il les surveille de près les circonstances.
Le père d'Émilienne est plus cérémonieux que d'habitude, — il est même grave, avec une solennité sous laquelle on devine la satisfaction triomphante.
— Mes chers amis, il s'agit de Mlle Mathilde. La Providence, vous le savez, veut que mon domicile avoisine le bureau de cette jeune personne et que je me trouve, de force, placé à un poste d'observation. Le hasard m'a fait souvent sortir en même temps qu'elle, et avoir à parcourir le même chemin qu'elle. C'est par moi que vous avez été renseigné franchement sur sa décence extérieure.
« Aujourd'hui, j'ai un fait considérable à vous communiquer. Ce fait se rapporte au procès Bélinois qui s'est terminé hier.
Que l'on imagine l'effarement d'Adolphe, et de M. et de Mme Dovrigny : Mme Bélinois, une femme de toute ordinaire extraction, avait tué, d'un coup de revolver, son mari, un potentat de la finance, — par légitime défense, prétendait elle, — par préméditation cupide prétendait le ministère public qui réclamait la peine de mort.