Le procès avait passionné l'opinion : les uns souhaitant l'acquittement, les autres la condamnation.
Mme Bélinois était une étrange figure : actrice débutante, mais élève remarquée du Conservatoire, elle avait été épousée pour sa beauté, pour son charme, pour sa vocation d'amoureuse.
A entendre la défense, elle méritait le royal mariage qu'elle avait fait : toute la poésie et tout le dévouement et, notez bien, toute la vertu de l'amour habitaient en son cœur.
Or sa vie conjugale avait été un véritable martyre : un mari brutal, sadique, — un homme jaloux, avare, égoïste avec férocité, — qui imputait à crime jusqu'à des démarches de bienfaisance, jusqu'à des dépenses de charité.
Elle avait subi des outrages et des sévices ; l'état de dépendance où la femme est mise par la loi était devenu le pire esclavage, la pire torture.
Point de cupidité dans son explosion meurtrière : les clauses du contrat de mariage la laissaient aussi pauvre, veuve, qu'elle était, jeune fille.
Bon. Mais à entendre l'accusation, si Mme Bélinois restait pauvre, c'était par surprise, par suite d'un faux calcul, — et aucune de ses allégations n'était prouvée : le mari n'avait pas outrepassé ses droits, — il avait réagi légitimement contre un abus d'indépendance qui était le grand mal de l'époque actuelle.
« Certaines femmes étaient des insurgées, des anarchistes en rébellion contre les devoirs justement imposés à leur sexe.
Le procès avait, par endroits, pris l'ampleur d'un réquisitoire contre le féminisme, contre l'amour même.
Les huit audiences avaient accru l'émotion du public, mais l'avaient laissé presque aussi divisé que pendant l'instruction.