Les efforts opposés de la défense et de l'accusation n'avaient fait que rendre le mystère impénétrable.

A la vérité, l'on ne pouvait prononcer un jugement personnel que par l'intuition du cœur.

L'accusée avait bien soutenu son rôle : des attitudes et des paroles tragiques, des cris palpitants, des protestations, des serments impressionnants. Mais n'était-elle pas une comédienne de profession?

Les larmes de douleur et de désespoir n'avaient pas désarmé toutes les préventions, — non plus que la misère physique de cette malheureuse épuisée, rongée de fièvre, suppliciée par les interrogatoires, — mais qui gardait, pour certains yeux, une sorte de majesté indéfinissable.

Maintenant revenons à nos personnages.

Après une pause pour ne pas couper l'effarement de ses auditeurs, M. de Bégalit continue :

— On savait que le procès se terminerait hier samedi. Grâce au loisir de la semaine anglaise, une foule, tout de suite après le déjeuner, s'est massée sur la place Dauphine, devant la cour d'assises, pour attendre le verdict.

« A quatre heures, la nouvelle de l'acquittement s'est répandue dans Paris. L'héroïne du procès devant être mise en liberté immédiatement, une partie de la foule a voulu la voir sortir.

« En effet, une certaine porte s'est ouverte et la meurtrière acquittée est apparue, affreusement pâle, soutenue comme une agonisante, Parbleu! elle se sentait marquée du sang indélébile, elle se sentait une proscrite parmi les autres femmes.

« Il est de fait qu'un grondement effrayant l'a accueillie. La foule réunie là était la partie hostile qui voulait lancer, et peut être exécuter son verdict personnel.