Donc, avant-hier, le père de Gillon se met à discourir pompeusement à l'entrée du préau. M. Gillon, employé de bureau, est un parent important, pour le quartier. Son fils — si triomphant de bêtise — est un de ces enfants bien habillés, décoratifs, à qui l'on tient, parce qu'ils rehaussent la population scolaire.
— Voyez-vous, madame la directrice, je crains le surmenage pour mon cher bonhomme ; il est trop intelligent pour son âge, vraiment…
La directrice écoutait debout, souriante, absolument charmante et réglementaire avec ses beaux yeux bleus, sa maturité de blonde fraîche et grasse.
— Mais non, monsieur, je vous assure, dans nos écoles, le surmenage n'est pas à craindre… Bien moins que chez les congréganistes, par exemple, où l'on fait apprendre par cœur — où l'on fait étudier pendant des journées entières sur des livres — ici, ce sont les institutrices qui parlent tout le temps, l'enfant n'absorbe que ce qu'il peut absorber naturellement, sans effort ; les institutrices versent, versent à profusion, mais ce qui dépasse la spongiosité intellectuelle de l'enfant coule à côté… et voilà tout… ce sont les institutrices qui sont surmenées : ce sont elles qui filtrent et refiltrent plus qu'elles ne peuvent…
Oh! la graduelle respiration, le progressif soulagement du bon père :
— Ah! vraiment! madame… Cependant, je vois toujours les mêmes maîtresses…
Oh! le ton de persuasion empressée, l'heureuse dénégation de Madame :
— Mais non, monsieur! en trois ans, nous avons eu Mlle Tourneur, morte phtisique — elle était si faible, savez-vous que les enfants la battaient? Mlle Gagne a été enfermée pour maladie nerveuse ; Mme Héron a eu la fièvre typhoïde… et tenez, justement, Mlle Bord n'est pas présente aujourd'hui, c'est une remplaçante…
Oh, le balancement de tête satisfait, hautement appréciateur, de M. Gillon! Oh, les deux bons sourires se comprenant, se félicitant, du père et de la directrice!
Je placerai ici un morceau de la seule histoire que je tienne de la concierge de l'école.