Avant neuf heures, la directrice revint, suivie de la deuxième adjointe. Celle-ci était toute jeune, brune, grande, mince, bien habillée. Son visage faisait penser à une image de Diane par la régularité grecque des traits et par une certaine expression majestueuse donnée au front et à l'abaissement des paupières : « Mortels, ne me touchez pas ». Mlle Bord avait le gouvernement des « grands ».
Il y eut une rapide inspection de propreté. Quelques enfants furent envoyés au lavabo. Mme Paulin s'élança du fond de sa cantine, fit semblant de m'aider à passer l'éponge sur un nez sale et, désignant de la tête la jeune adjointe, me confia, comme le renseignement le plus important du monde :
— C'est la normalienne.
Là-dessus, elle s'en retourna dans sa cuisine ; elle n'était venue que pour me souffler cette grave parole.
Sur un coup de sifflet, trois rangs se formèrent et ce fut la conduite aux cabinets.
Je suis chargée du déboutonnage, du relevage de chemise et du reboutonnage des petits qui ne savent pas procéder seuls.
Dieu qu'ils sont bas! pas plus hauts que le siège d'une chaise! Il ne suffit pas que je me courbe en deux, il faut que je me tienne accroupie ; on ne se doute pas combien cette position est fatigante. Mes clients font la queue près de moi et arrivent dans mes mains chacun à son tour. J'ouvre, je trousse, très vite… cinq, six, allez! Je reprends, je rajuste ; allez, allez!
Un blondin drôlement culotté que je crois avoir suffisamment préparé ne bouge pas ; il me considère fixement et me dit d'un ton d'autorité impatiente :
— Eh bien! sors-moi ma bête!
Le toucher nouveau, inattendu, me donne une crispation et mes doigts ont peur comme d'une fragilité qui pourrait s'écraser. Mais quoi! il n'y a pas à penser, il y a le devoir : allez, allez! Je complète mon déboutonnage d'un tâtonnement ; je me hâte, les sourcils serrés, je ne veux rien éprouver… je farfouille…