Je dénonce la tromperie malfaisante de cet enseignement, puisque l'argent est le sang vital des sociétés actuelles. Déplorez le fait, si vous voulez, mais ne faussez pas la réalité.

Ah! les bons élèves crédules, Léon Chéron, Irma Guépin, la Souris! Ah! mes pauvres visages pointus!… à l'assassin! à l'assassin!


J'étais donc dans une disposition d'esprit défavorable ; à la sortie du déjeuner, la mère de Vidal — le bossu ornithobatracien — a voulu absolument bavarder un peu.

— Votre Eugène n'a pas de chance, dis-je, il me semble que son cou et son épaule se paralysent, sa tête ne tourne plus…

Très misérable, un nourrisson sur le bras, la mère Vidal détient un accent d'acceptation résignée impossible à imaginer ; elle vous expose, avec une conviction irrécusable, des nécessités stupéfiantes : — Le père était alcoolique ; n'est-ce pas, c'était forcé : il avait été au Tonkin cinq ans… il avait la médaille, c'était forcé qu'il soit alcoolique — et vous savez comme les alcooliques ont des enfants, à chaque coup, ça ne peut pas rater, vous le savez… et bien tous les enfants que j'ai eus avec cet homme-là sont morts, sauf Eugène, ils étaient tous estropiés… (Tous, on dirait qu'il s'agit d'une quantité, une vingtaine au moins.) J'en ai d'autres de meilleure santé, — ajoute-t-elle d'un air récompensé, avantageux, (et comme un commerçant dirait : j'ai des produits d'autres marques meilleures), — tenez, en v'là un, d'un cocher, il n'aura qu'un peu de coxalgie, là, dans la hanche…

Elle secouait sur son bras un avorton ratatiné, verdâtre, inerte.

Par une subite et puissante clairvoyance, devant cette femme inconsciente et ses deux lamentables procréations, ma mauvaise humeur a laissé l'école et s'est attaquée aux parents.

Gare à vous! voilà du nouveau.

L'année scolaire prendra fin dans deux mois, mon expérience grandit. Ce soir, je suis très forte. Les objets autour de moi projettent une médiocrité austère. Ma privation, toute ma privation de fille pauvre m'élève à la vision justicière. Le silence de ma chambre — comme le calme en moi — est solennel. Je touche à la vérité.