Mes pauvres amis, je n'ai pas dit le plus terrible : si je m'en allais, je ne pourrais plus vous aimer. Si je m'en allais, pour me marier, je voudrais avoir des enfants à moi, j'aurais des enfants de ma propre chair et ma maternité pour vous n'existerait plus!

Ne me laissez pas partir! Votre contact a développé en moi une sorte de sauvagerie maternelle ; je le sens bien au serrement brutal de mes fibres, je serais comme une bête qui a des petits, je n'aimerais plus que « les miens »! Des enfants à moi!… A cette imagination, le sang martèle mes tempes… on dirait que mes entrailles vont s'évanouir…

IX

Je donne sincèrement — et sauf quelques lacunes, — la relation de cette dernière journée qui a fixé mon sort.

Mes étourdissements du matin ont été un peu plus inquiétants que d'ordinaire : la fatigue d'avoir passé une partie de la nuit à méditer, à écrire, — et la conscience que ce moment de ma vie est décisif.

Le dernier jour de classe!

Les portes s'ouvrent. Miséricorde! on dirait qu'il n'y a plus de mauvais garnements! Adam, Tricot, Bonvalot, — d'autres, toute la clique, — vous décochent leur espèce de salut militaire ; c'est dégoûtant de correction.

Voici les élèves sur les bancs qui attendent paisiblement l'inspection de propreté et la conduite aux cabinets ; à peine si quelques tout petits miaulent, se tiraillent, se grafignent d'une patte molle. Est-ce la chaleur qui les abat? Le thermomètre du préau marque vingt degrés dès neuf heures du matin.

Voici la normalienne dans sa classe.

J'imagine de torchonner les vitres de la porte donnant dans le préau, pendant qu'elle improvise un discours de circonstance.