Il s'agissait encore d'arranger un joli groupe, faisant de l'effet, avec un Ducret, un Pantois, un Chéron, une Leblanc.
J'ai laissé la vieille institutrice photographe à l'œuvre, j'ai marché jusqu'aux cabinets, pour rien, pour remuer ; j'ai donné un coup de balai inutile.
Puis, est venu le tour des tout petits. Le directrice a appelé : Rose et Madame Paulin. Le groupe n'était pas facile à coordonner. Il fallait d'abord moucher tous les nez.
Je ne me sentais pas dans mon état ordinaire, la sueur me perlait aux tempes, une sorte de vapeur gênait ma vue.
C'étaient mes tout petits à moi ; ils m'accueillaient avec des mines espiègles et bonnes, fronçant le nez, rapetissant les yeux, pinçant le bec. Mais la douce aimantation qui existe entre eux et moi me faisait souffrir ; ces enfants étaient encore frais, presque sans stigmates ; à les toucher, j'éprouvais le malaise de toucher à du sang, à de la chair écorchée.
Allons, trêve de gentillesses, il ne faut plus oser un mouvement ; présentons les têtes! Soyons sages!
Alors, ce fut étrange, il me sembla d'abord que tous ces minois innocents agrandissaient une supplication vers moi, ils comprenaient, ils demandaient grâce. L'effroi béant des yeux me saisissait et faisait lentement mon sang se retirer et mon souffle cesser.
Puis cette terrifiante scène exista : ces pauvres yeux avaient une voix et criaient : Nous sommes perdus! Nous savons! Tu nous abandonnes! Et tu dissimules bien inutilement : il y a longtemps que c'est décidé… Tiens! Monsieur le délégué vient te chercher avec son visage bienveillant.
La paralysie me clouait ; j'essayai pourtant de me retourner pour voir.
Ensuite je ne sais plus… Des heures s'étaient écoulées, il ne restait que deux ou trois enfants dans le préau. Je me rappelle la directrice :