Les enfants qui déjeunent à l'école défilent dans le préau, et prennent leur panier, entre le lavabo et le calorifère.
Je distribue, avec Madame Paulin, les cuillers et les gamelles toutes servies, légumes et viande coupée.
— Silence et les mains au dos! L'on ne commence pas à manger avant que la distribution soit complète.
Les enfants doivent apporter leur serviette, leur pain et leur boisson. Quelques-uns ont du vin, beaucoup trop de vin ; très peu ont du dessert.
Mademoiselle Bord « est de service de déjeûner ». Nous secourons les tout petits, nous obtenons qu'ils fourrent au moins autant de nourriture dans leur bouche que sur la table et sur leur serviette.
Je suis captivée par Mademoiselle Bord : son aspect, sa voix, tous ses procédés sont remplis de pédagogie. Je constate que sa froide et régulière beauté exerce une souveraine influence sur la gent écolière.
— Quel âge as-tu, toi? demande-t-elle.
— Quatre ans.
— Eh bien, puisque tu as quitté ta place sans permission, tu n'as plus que deux ans ; voilà ta punition. Tu as beau me regarder, je te dis que tu n'as plus que deux ans, mon bonhomme.