Un garçon blasé sur le pleurnichage féminin a haussé les épaules et m'a renseignée :

— C'est Machin qui lui a flanqué un coup de pied dans « l'livarot ».

Ce vocable est d'usage courant, il possède force d'épreuve ; il est philosophe et devancier. Une foule de locutions existent — de même concentration réaliste — qui dispensent de réclamer niaisement l'inaccessible éther. La jovialité durable n'a pas d'autre secret : il faut adhérer carrément à sa propre condition, — et l'on évite ce travers oiseux de déplorer ce qui est et ne peut changer.

III

Dimanche. J'ai fait mon ménage, à fond, le matin, pour me réchauffer. L'après-midi, je me suis promenée jusqu'aux Buttes-Chaumont.

Les dimanches précédents, j'avais rendu visite à mon oncle, mais je le dérangeais. Ce jour-là, il reçoit les attentions d'une jeune personne qui a été élevée à Saint-Denis, à la Maison de la Légion d'honneur, et qui ne montre pas d'estime pour moi.

Je n'ai pas d'amies à qui je puisse confier que je suis femme de service et que j'habite la sinistre rue des Plâtriers et il ne me plaît pas de mentir.

Mes amies!… Ayant encore beaucoup à apprendre, j'aurais tort de retourner à elles et de contrarier mon adaptation par des fréquentations inopportunes.

Car, — ne l'ai-je pas déjà signalé? — nous autres, gens de Ménilmontant, nous proférons un langage spécial, et nous nous entretenons de sujets spéciaux.

Un amour de deux ans, — à cet âge, ô mes amies, où les chérubins de votre monde inventent une poésie pour jaser des douceurs dont on les entoure, — un amour de deux ans balbutie toujours ses premières paroles, à l'école, pour se plaindre d'avoir été malmené. Il faut le voir froncer les lèvres : Yose! Yose! des lèvres qui ont l'air de vouloir téter encore :