— Ohé, les autres! on est en bombe.

— Tu paies un verre?

— Viens donc, on a touché sa paie.

— Mais non, on est des « tonscrits » avec des « liméros ».

Ils se tiennent à sept, huit, par le bras, ils chantent avec des gestes, des zigzags de godaille. Les voix prennent le ton crapuleux :

— Eh bin, de quoi? tu vas pas turbiner, j'espère!

La troupe grossit. Quelle ardeur! quelle transfiguration! Les plus misérables, les petits à nez sale qui ont toujours froid, ressuscitent. Richard l'affreux, qui ne joue jamais, cesse d'être délaissé ; on l'accepte, bras dessus, bras dessous. Julia Kasen se trémousse au bras de Bonvalot.

Il est défendu d'imiter l'homme saoul, dans la cour ; on entraîne Vidal, il ne demande pas mieux que de marcher en tête du cortège. Quelle joie hurlante! Vidal bossu, déjeté, sans équilibre sur de pauvres jambes tordues, se déplaçant avec un sautèlement, un battement de membres, une oblicité tombante d'oiseau blessé ou de crapaud mutilé, Vidal fait le pochard, au naturel!

La folie gagne.

La Souris, chargée de son précieux fardeau, se décide : avec son air de femme sérieuse voulant que son enfant ait sa part comme les autres, elle crie ; « attendez-moi donc! et mon poussin! il en est aussi! »