La morale c'est le bien de l'individu considéré dans son milieu. Chaque nature et chaque situation a la sienne.

Quelle révélation! Et maintenant j'écoute ces malheureuses maîtresses verser leur médication collective, sans souci ni de tempérament, ni de famille, ni de condition économique.

Je ramasse des papiers, je renifle les odeurs différentes des enfants et je me dépite : mais fourrez donc le nez sur vos élèves!

Certes, ces dames moralisent à propos de toutes les choses diverses (conformément au manuel spécial de leur métier), mais pas à propos des enfants divers.

Tous les exercices de la classe et les jeux de la récréation doivent fournir prétexte à sapience. On ne l'oublie pas ; il n'est pas jusqu'au modèle d'écriture qui ne porte ses fruits.

La leçon que l'on arrose le plus de vertueux propos est celle de calcul. Morale et calcul, à première consonance, cela ne se marie pas nécessairement. La normalienne, le lundi, le mercredi et le vendredi, d'une heure trois quarts à deux heures et demie, se charge, des plus aisément, la craie à la main, de cet heureux rapprochement.

« J'ai deux douzaines de cerises, vous allez les voir sur le tableau ; j'en veux faire trois parts égales : une que je mangerai de suite, une que je conserverai pour ce soir, une que j'offrirai à un camarade. »

Et la craie marche, et la langue, et tout y passe — sans que le truquage apparaisse — l'addition, la soustraction, la division, la frugalité, la prévoyance, l'économie, la générosité… et un cerisier et une assiette et une table.

C'est bien. Et je ne suis nullement satisfaite.

Du reste, j'ai l'esprit chagrin et il ne m'arrive que des ennuis.