Catherine fit une pause. Elle avalait des réminiscences pénibles avec son front, avec ses yeux. Elle présenta un sourire de créature qui va mourir :

— Comprenez-vous, madame ? ne pas être sûre du premier coup d’œil ! Oh ! ça n’a été qu’une seconde, même pas : il y avait deux mois que je ne l’avais vu, sa robe était changée, une à carreaux rouges et blancs, au lieu de la bleue qu’il avait avant… je l’ai reconnu, mais je ne sais pas si c’est seulement avec mon sang, ou aussi parce qu’il avait une mine moins gaie que les autres.

— Voyons, dit Marthe, pourquoi aurait-il été triste, puisqu’il s’amusait avec les autres ?

— Mon petit à moi n’a qu’un sourire sur la figure ; les autres, il me semble qu’ils ont leur sourire à eux et celui de leur mère. Et puis je le trouve pâlot, comme s’il lui manquait du soleil, de la chaleur ; sa figure est malingre, toute pointue.

Ici la voix baissa, effleurant des horreurs :

— J’ai peur qu’on ne l’aime pas. Et pourquoi, depuis ce jour-là, faut-il que je pense toujours à ce rat qu’ils traînaient par la patte !

Ferdinand appuyait les avant-bras sur sa table ; progressivement, le dos en boule, il s’était ramassé en un tas inerte, et voilà qu’une singulière toux spasmodique sortit de là-dessous et que le tas remua.

Catherine dirigea là son attention, et elle vit que M. Prestal portait un vieux veston bossué, pareil à quelque frusque de coltineur déjetée par l’écrasement des fardeaux.

Elle dit longuement sa peine de mère. Ce palpitant murmure sortit encore :

— J’ai peur qu’on ne l’aime pas !