La façade ombreuse de l’immeuble administratif où il fallait entrer « éteignit » Ferdinand soudain ; il cligna, l’instant de rabattre sa flamme en dedans.

Il monta prestement, serra vite la main des collègues, s’installa devant son encrier. Vite, il allait noter l’irretrouvable : on n’est pas deux fois dans un état d’âme identique. Quelle chance d’être assis ! Et une coordination immédiate des idées : après le bouillonnement et l’engouffrement à plein cratère, sa pitié demandait à couler immensément comme une lave brûlante. Vite ! du papier, le cœur avait mis en phrases tout son émoi et n’avait plus qu’à les dicter.

— Excusez-moi, Dubois, j’ai une lettre pressée à écrire.

— Sans vous déranger, monsieur Prestal, prêtez-moi donc votre journal, demanda un collègue.

— Le journal, monsieur Pingouin ? ma foi, j’ai oublié de l’acheter.

— Non ! cherchez bien… tout s’oublie, excepté le journal…

— Je vous assure…

Les phrases palpitaient, il n’y avait qu’à se hâter. Déjà deux lignes… Le garçon de bureau, ancien militaire décoré, visage de pierre, montra sa livrée bleue sur le seuil du bureau, et lança d’un ton net de commandement :

— Monsieur Prestal, chez le chef.

Vite, boutonner la jaquette, changer de visage, appeler dans son esprit les affaires courantes, se transformer en employé sérieux ; le long du couloir précipiter sa pensée, en avant et en arrière, dans les choses de l’administration, et, comme quelqu’un qui sent ses intérêts, sa vie même en cause, concentrer ses facultés chicaneuses, n’avoir plus de sentiment pour rien au monde.