Dans l’intervalle du poisson au rôti, Griffon s’adressa à Marthe :

— Est-ce que votre Catherine a une certaine culture ?

C’était un barbu brun, à traits longs de Christ, avec un éclairage de bienveillance naturelle. Ce mot de Ferdinand ne manquait pas d’ingéniosité : « Toi, mon vieux, tu es ma femme, en homme ».

Marthe répondit :

— Avant son malheur, Catherine travaillait avec sa mère, une couturière de quartier, ayant une petite clientèle ; le père est un médaillé militaire, surveillant d’usine ; elle ne sait guère plus que lire et écrire. Ne la croyez pas nulle pourtant : ce soir, après le départ de la nourrice, Catherine m’a obligé à déguiser ma pensée : « En somme, ai-je dit, votre enfant ne sera presque pas séparé de vous, vous le verrez souvent, vous irez, on vous l’amènera facilement… » Mensonge ! Outre le voyage en chemin de fer, il y a vingt kilomètres de route. Mais elle voulait, et sa bouche m’aspirait l’âme, et il me semblait voir un frisson phosphorescent animer l’imperceptible duvet brun de sa lèvre supérieure.

Griffon attaquait le découpage du poulet, il émit avec sentiment :

— Albert et Georges, vos deux diables, quand je leur présente un jouet de deux sous, ont aussi toute l’expression dans le bas du visage.

Un silence commandé par la bonne dont les bras nageaient autour de la table.

Madame Griffon se leva, piqua une fleur dans les cheveux de Marthe et s’appuyant au dossier haut de la chaise, elle rit admirativement dans le cou de son amie :

— Vous parlez comme on écrit quand on s’applique et encore, zut ! j’ai jamais mis de phosphore dans mes lettres… Fallait nous l’apporter le mioche, puisque nous n’en avons pas… voilà ce qui manque.