— Attendez ! cria Jeannin. Nous avons encore un défaut charmant, les écrivains : nous pensons toujours à utiliser, en copie, nos rapports de parenté ou d’amitié… Avant de fuir, narrez-moi donc quelque beau trait administratif ?
Adossé à la porte, Ferdinand s’indigna :
— Ah ! mon goulu, je vous ai déjà dit comment ça m’était venu d’être littérateur, vous ne manquerez pas de coller la notation quelque part, j’ai bien vu vos yeux chapardeurs.
— Eh bien, et vous ? exclama Jeannin, mon histoire de garçon d’hôtel ! vous croyez que je ne vous ai pas vu ramasser ça vivement ?… Allons, Prestal, ne soyez pas mufle ; j’ai besoin d’un sujet de nouvelle.
— Sans blague, je n’ai pas le temps… faut tout de même que je garde mon emploi, pour mes enfants, les pauv’ bougres…
Jeannin éclata :
— Taisez-vous donc, sycophante, farceur, faux bonhomme, mendiant suspect ! Vos enfants ne sont pas plus à plaindre que votre femme. Vos enfants ! — leur affection pour Catherine, cette faculté que vous leur avez fichue de s’approprier Catherine et les émotions de son existence, — alors, ça ne compte pas ? Alors, ce qu’ils ont acquis là ne compense pas la pédagogie paternelle dont vous leur avez fait grâce ?… Allons, vieille ficelle, rien qu’une anecdote, je vous rendrai l’équivalent…
— Vous avez une façon d’insister…
— Oui, empruntée à mon voisinage, dites-le, ne vous gênez pas. Mais, mon cher, quand un homme marié comme vous s’égare dans un hôtel, il doit « casquer », vous savez bien ? Casquez-moi une petite histoire, mon chéri ? Tenez, ça vous portera bonheur pour trouver un éditeur !
Ferdinand avança, sérieux, superstitieux :