Georges prenait une mine inquiète.

Albert, plus roublard, haussait les épaules :

— Il en a déjà recommencé un autre…


La Toussaint arrivant, les libraires cessèrent progressivement d’afficher le roman. La poste n’apportait plus de coupures de journaux.

C’était novembre, la saison grise, les rues désagréables, les jours sans ampleur. L’aise diminuait. Ferdinand, qui réunissait les éléments de son second ouvrage, ne trouvait plus la richesse entrevue.

Les visites de Chaupillard, interrompues pendant un mois, reprenaient une régularité de mauvais augure.

Ah çà ! maintenant que le roman était édité, est-ce que ce n’était pas une affaire finie ? Est-ce que Ferdinand n’avait pas répondu de sa prétention aux yeux du monde ? Est-ce que les Prestal n’étaient pas des gens libérés, pouvant vivre bravement sur un acquit légitime ?

Chaupillard dégagea bien vite le sens de cette nouvelle inquiétude. Renversé dans un fauteuil, les jambes croisées, il tirait les désillusions par bouffées de son cigare fastueux :

— Parbleu ! écrire, éditer, c’est un bel acompte. Mais il reste à être lu, à être accepté par le public, à propager un effet. Sans effet produit, vous n’existez toujours pas… J’ai demandé par-ci, par là, si votre livre se vendait ; mon cher, la foule imbécile n’a pas changé.