On niait l’inquiétude, on envoyait promener Chaupillard avec ses histoires de brigands.
Mais on se confia à Griffon, un soir que, sans être attendu, il vint « tailler une bavette » après dîner.
Son roman, à lui, allait de mal en pis ; et la bienveillance blessée de son visage barbu, aux traits longs, incitait aux effusions chagrines, comme si l’on ne pouvait mieux vider sa peine que sur un homme déjà affligé.
Marthe et les enfants poussaient toujours une exclamation ravie quand il arrivait inopinément : c’était de l’amitié, de l’intelligence qui entrait. Bien mieux ! la concierge le regardait avec intérêt, ainsi qu’elle devait faire au théâtre des Batignolles, pour le personnage à rôle justicier. Tandis qu’il montait, elle avait un visage à reflet significatif : « Je vous connais, vous êtes un brave homme ; on va être content de vous voir. »
Albert et Georges l’apitoyaient habilement les jours de punition : il imitait leur écriture et les aidait à copier leur pensum. En temps heureux, bien entendu, ils se faisaient un jeu de cette compassion ; ils annonçaient faussement des misères pour pouvoir lui rire au nez. Alors, lui, qui n’était pas dupe, leur donnait la comédie.
— Monsieur Griffon, j’ai eu cent vingt mauvais points à l’école ! criait Albert.
Griffon, de stupeur navrée, laissait choir son chapeau sur le tapis du salon.
— Et moi, j’ai été en retenue pendant douze heures ! clamait Georges.
Alors Griffon tombait en désagrégation sur une chaise, et appelait des soins immédiats :