— Voilà, voilà ; au revoir, messieurs.

Les deux amis durent imiter la lenteur des couples qui se complaisaient à défiler devant les guéridons chargés de consommations.

— Hein ! dit Ferdinand avec envie, le livre de Gestant atteint la quarante-deuxième édition, et pourtant ce seigneur de lettres ne nous peint que des souffrances d’amour-propre, des querelles de vanité, les seules émotions qu’il puisse connaître pour de bon et qui, vraiment, n’ont pas une portée incommensurable… Tiens ! qu’est-ce qu’il y a donc d’arrivé ?

— Rien du tout, c’est l’entr’acte des Variétés.

— Ah ! Margelin, comment ça va-t-il ?

Margelin était un cousin de Ferdinand, un des parents avec lesquels les relations avaient presque cessé, faute de préoccupations communes. Il tenait des contremarques à la main ; ses quatre enfants l’entouraient (il était veuf) ; deux filles, deux garçons, âgés, l’aîné d’une dizaine d’années, la plus jeune de cinq ans ; ils portaient des bérets et des tabliers noirs pareils : figures pointues, pâlottes, avec des yeux trop brillants.

— Ça boulotte, dit Margelin. On m’a donné deux places pour les Variétés ; alors au premier acte je suis entré avec Henriette, maintenant pour le deuxième acte, c’est le tour de Gaston ; chacun verra un acte ; ils restent trois à m’attendre là sur le banc, justement il ne fait pas froid. Il y a cinq actes ; comme Henriette est la plus petite, c’est elle qui en verra deux : le premier et le dernier.

Ferdinand approuvait de la tête.

Margelin continua :

— Mais je voulais vous écrire pour vous féliciter ; votre livre a été annoncé sur le journal ; bien entendu, je l’ai acheté ; c’est rudement tapé !