Cet incident connu, arrivant à sa date, un après-midi, rendit malades Ferdinand et Marthe ; un tremblement les saisit, dix fois ils s’approchèrent de la porte, l’entr’ouvrirent, la refermèrent. Puis, tout à coup :

— Que font donc les enfants ?

Albert et Georges étaient assis dans leur chambre, immobiles, comme en pénitence.

— Eh bien, vous ne pensez donc pas à goûter ?

— On n’a pas faim.

Allons, bon ! Voilà les enfants qui se mêlaient aussi d’être malheureux ! A qui la faute s’ils perdaient la suprême insouciance de leur âge ? Bon dieu de sort, c’était le comble ! S’ils avaient déjà la sensibilité si développée, la vie leur réservait bien de l’agrément !

Survint Chaupillard ; on lui conta l’affaire et, dans un besoin d’expansion, on s’oublia jusqu’à lui avouer enfin les rêves et les désillusions de ces derniers temps.

Aussitôt, il sembla qu’une impulsion délirante se déclenchait en Chaupillard :

— Ah ! ah ! Vous ne m’avez jamais donné le change, malgré votre persistance à nier vos déboires !… Vous auriez dû prendre acte de mes prédictions ! L’ai-je pas déclaré dès le commencement ? ce n’est pas le roman qui améliorera le sort de Catherine, ni de personne.

Sa réussite de prophète l’endiablait et, par ailleurs, il atteignait une période d’évolution. Depuis l’automne, ses parents fâchés lui avaient supprimé les subsides, parce qu’il projetait d’épouser une femme divorcée. Il vivait d’un emploi auxiliaire dans une mairie ; il débarquait rue Saussure ayant mal mangé, transi de froid, presque mal vêtu, en demi-saison, le nez rouge, les pommettes blêmes.