Et Chaupillard faisant des grands bras, de l’emphase, ne s’apercevait pas qu’il vibrait lui-même, qu’il regrettait lui-même.
Le lendemain, il arriva à la même heure ; Ferdinand et Marthe l’accueillirent avec un sentiment mélangé de plaisir et d’inquiétude ; il avait le regard instable de la veille.
— Je sors de ma mairie ; j’ai fait une séance supplémentaire… Des familles entières succombent à la gelée. Alors…
— Voulez-vous un peu de thé ? offrit Marthe, qui le voyait grelotter contre la cheminée.
— Non, merci… Alors, devant l’accroissement de la mortalité, l’Assistance publique et la Compagnie des Pompes funèbres rivalisent de zèle. Les médecins chargés de constater les décès indigents diagnostiquent à tour de bras : phthisie pour les adultes, pneumonie pour les vieillards, athrepsie pour les gosses. Et moi, donc ! j’ai ma part d’héroïsme…
C’était vraiment du délire ; Chaupillard vint brusquement poser sa main sur l’épaule de Ferdinand qui souriait, assis contre la table. En témoignage de solidarité, il se bafouait lui-même, comme bureaucrate :
— Les employés descendent un acte mortuaire en cinq minutes ; ils vous alignent leurs douze clients à l’heure… Ah ! ils rendent service, ceux-là ; ils ne font pas de la littérature !
Afin d’enrayer ce débordement, Ferdinand demanda des nouvelles du mariage projeté, de l’opposition signifiée par les parents.
Mais, là-dessus, Chaupillard ne voulait pas livrer de détails ; il hochait la tête :