A ce point de vue, ni le mariage, ni la collaboration ne la changea.

Le matin, elle ne partait pas pour être sublime ; inutile de se préoccuper d’avance des clientes à recevoir, le bon accueil ne se prépare pas. On la confondait dans le lot des passantes ordinaires. Comme celles-ci, elle tâtait volontiers, à l’étalage, les étoffes trop chères pour sa bourse et elle songeait bien pendant cinq minutes à la robe à faire.

A la maison, elle ne rapportait aucune empreinte théâtrale de son secrétariat ; elle était une ménagère ayant davantage à raconter que telle autre femme, employée des postes ou vendeuse de magasin.


Grâce à la documentation de l’ouvroir, Ferdinand avait composé des nouvelles beaucoup plus charnues, remarquables par l’animation sentimentale. Autant sa femme était généreuse d’intelligence et de fait extérieur, autant il était généreux d’instinct et de fait intérieur.

La plaisanterie « d’écrire pour soi » n’avait pas duré. Il s’était donné la peine de chercher ; plusieurs publications non payantes l’avaient accueilli. Enfin, une Revue fastueuse avait imprimé sa copie, après trois ans d’attente : cinquante francs !

— Rien ne fait grandir l’ambition comme le succès d’argent, annonçait-il narquoisement tout d’abord.

Puis un jour, effectivement, il avait surgi en volonté magnifique :

— Je veux faire un roman ! Je veux faire une œuvre existante, considérable !

Il avait embrassé sa femme, elle l’avait regardé d’amour. C’était entendu : cette création-là aussi appartiendrait à leur commune exaltation.