Et, demi-sérieuse, s’adressant à son mari, en femme pratique, soucieuse des échéances, elle déclara :

— Je crois qu’il ne faut pas trop se préoccuper de la règle du chef-d’œuvre ; il y a quantité d’artistes qui ne réalisent jamais rien, tellement ils ont peur d’oublier une des conditions de la perfection.

Alors, Griffon, un peu moqueur, fit rougir Marthe :

— Rassurez-vous, Ferdinand travaille ; la théorie du beau ne le tracasse qu’après coup… Ne craignez donc pas ! Il le fera, son roman !


Pour la lecture, on ne quitta pas la table. Albert et Georges furent installés à côté, dans le salon, l’un avec le Pêle-Mêle, l’autre avec l’Illustration.

Maria, par la porte du couloir, venait leur rendre de petites visites. Comme les enfants, elle avait goûté au champagne. Ils riaient des images, tous les trois et s’embrassaient avec, obscurément, une idée de dessert, ayant, tous trois, un velouté de joues savoureux. Les deux garçons tombaient sur la figure de Maria n’importe où. Maria évitait les rencontres de lèvres, sans pensée, par instinct femelle.


Ferdinand lisait à sa façon. Par une exagération de la tonalité placide, ingénue, il dégageait en gros relief les passages d’ironie cruelle ; mais parfois, il rendait douteuse l’intention d’une phrase ; parfois aussi, la défaillance des finales trahissait sa vibration intérieure.

A un moment, madame Griffon envoya un de ces rires qui accueillent les heureuses trouvailles. Ferdinand fit une pause, but du café, arrangea ses papiers, puis certifia, le menton avancé :