» — Vraiment, ma chère, vous méritez tous les prix Montyon.
» Puis la même voix, ayant peur de se salir :
» — Approchez, ma pauvre fille, car moi aussi, je veux m’aguerrir.
» Et l’habileté complimenteuse de la dame s’empare de Marie. L’exhortation, d’apparence théorique et impersonnelle, s’acharne vers ce résumé : « Vous rendez-vous bien compte de la vertu de votre bienfaitrice ? Comprenez-vous ce sacrifice incroyable ! Êtes-vous reconnaissante et aussi êtes vous repentante ? Pensez-vous à atténuer vos torts envers la société par une activité incessante, un zèle sans bornes ? Pensez-vous, malheureuse, à payer la dette de votre déshonneur ? »
» D’autres voix, pour varier, interviennent dans ce sens :
» — Avancez que nous vous disions de quelle hauteur notre pitié descend à vous. — Venez recevoir l’eau glacée de notre éloquence. — Venez, que notre gluante commisération se ventouse à votre misère.
» Et il faut dire merci. D’inflexibles griffes, au profond des entrailles, contraignent Marie à dire merci !
» Et voilà qu’un jour, la fruitière, madame Fouchtrain, braillant sans vergogne, envoya une rude bourrade à Marie :
» — Retirez-vous donc de dedans mes jambes ! Avec vot’sacré ventre vous emplissez la boutique ! Fourrez-vous dans un coin !
» Marie tendit les bras. Sa bouche, ses yeux, toute sa substance se précipita frémissante, avide. Puis, exhalant ce qui restait de faculté affectueuse dans sa pantelante carcasse, elle chevrota :