— Tu auras toute mon aide ! assura sa femme les yeux riches, grands offerts.
Il s’émut intimement : vrai ! si l’œuvre naissait incomplète, la faute en serait seule à l’exiguïté de son génie à lui.
Le soir, au retour du bureau, il perçut une vibration de plus dans la voix de Marthe :
— J’ai reçu des nouvelles des enfants, ils vont bien ; Albert a voulu se faire couper les cheveux tout ras et Georges a préféré une raie ; heureusement que grand’mère ne les prend pas souvent, une séparation de trois jours me semble déjà trop longue ; je n’ai quitté l’ouvroir qu’à six heures moins le quart, à cause de la Maslowa qui s’est décidée à me parler : elle entre en place ce soir, son mioche est mis en nourrice ; et d’abord elle n’est pas plus Russe que moi.
C’était l’habitude ; dès l’antichambre, Marthe servait à Ferdinand les principaux faits de la journée, en une phrase d’assortiment, avec une franchise de petite fille bavarde, avec une sorte de zèle affectueux.
— Ah ! dit Ferdinand, les oreilles pleines.
— Tu fais « Ah ! » comme si cela te désillusionnait. Elle s’appelle prosaïquement Catherine Bise et elle est née sans prétention au Kremlin-Bicêtre.
Ferdinand imita la rigueur outrecuidante d’un de ses chefs, lequel ne convenait jamais d’une erreur :
— Permettez, femme chétive, je savais bien qu’il y avait du russe dans le cas de votre Catherine : le Kremlin et j’avais raison de la surnommer provisoirement Maslowa… Mais ne te déshabille pas, nous dînons chez les Griffon, tu me finiras ton histoire en marchant.
— Bon ! moi qui avais déjà allumé le feu… Griffon est donc encore une fois rabiboché avec sa femme ?